Le 4ème Webinaire de l’Observatoire Jeunesse Ardèche et du Réseau Jeunesse Ardèche s’est tenu le 22 mai 2024 avec pour thème : « Jeunes et précaires en ruralités : quelles réalités ? ». Ce sont plus de 51 participant.es inscrit.es au webinaire qui ont suivi ce dernier en ligne. S’inscrivant dans la continuité des trois précédents webinaires qui ont traité respectivement des questions de mobilités et d’habiter des jeunes en ruralités (webinaire 1) ; de la mise en perspective de quelques données statistiques de l’INSEE relatives aux jeunes dans les territoires et à leur éventuel engagement (webinaire 2) ; des aspirations des jeunes (matérielles, économiques, sociétales ou encore environnementales) à l’heure des transitions (webinaire 3), ce webinaire, tout comme ces précédents, est consultable gratuitement en ligne sur le site de l’Observatoire.
Pour ce quatrième webinaire, nous avons choisi de traiter le thème de la précarité des jeunes en ruralités. Alors que la pauvreté a augmenté en France ces 20 dernières années et que les jeunes représentent une tranche d’âge particulièrement touchée, qu’en est-il des jeunes ruraux ? Sont-ils plus ou moins touchés par la précarité ? Quelles en sont les éventuelles causes ? Est-ce que l’ascenseur social est plus difficile à activer ? Comment cela se manifeste-t-il ? Quelles évolutions observe-t-on ? Quels besoins s’expriment en matière d’accompagnement, de solidarités actives à destination des publics jeunes ? Autant de questionnements auxquels nos invités à répondre ont été amenés à décrypter en fonctions de leurs observations, de leurs regards et de leurs expériences.
Après une courte introduction de Mélodie Roche et Emmanuel Roux, organisateurs des Webinaires, c’est à Clément Reversé, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université Toulouse Jean-Jaurès que la parole était donné en tant que conférencier invité. En rapport avec ces travaux sur les jeunes en ruralité et leurs vulnérabilités, Clément Reversé décrit la stigmatisation des jeunes ruraux précaires et le souhait d’étudier cette minorité et ses singularités. Il explique que la précarité des jeunes ruraux est plus difficilement décelable que celle de leurs homologues urbains ; et ce pour plusieurs raisons : la difficile anticipation du décrochage scolaire dû à un faible absentéisme, des choix de carrières professionnelles dictés par des arbitrages de vie à opérer dès le plus jeune âge (et notamment des choix territoriaux), un autre rapport à la valeur travail qui peut engendrer une précarité d’emplois par l’engagement dans des postes d’emplois peu qualifiés. Enfin, à travers le suivi d’une cohorte de jeunes, il note aussi que les problèmes de mobilités sont des freins au raccrochage des jeunes sans diplômes (problématiques d’accès à la formation ou à l’emploi, choix contraints en termes d’emplois…). Enfin, il soulève les problématiques de genre chez les jeunes précaires suivis : les jeunes femmes sont doublement discriminées, par les mobilités mais aussi par les comportements sexistes. S’ajoutent ainsi aux problématiques de vulnérabilités, celles de violences sexistes et sexuelles, de dépendances allant jusqu’à des comportements de para-prostitution voire de prostitution chez des jeunes filles. Clément Reversé aborde en dernière partie d’intervention des pistes à suivre pour accompagner ces jeunes : la détection des vulnérabilités, la valorisation de la voie professionnelle, l’accompagnement au retour en formation plutôt qu’à l’emploi, une meilleure prise en charge de la santé mentale des jeunes ruraux mais aussi des politiques jeunesse adaptées aux spécificités des territoires.
Son intervention est suivie par celle de Léni Charbonnier, chargé de mission prévention, Direction Jeunesse, Education, Citoyenneté au Département de la Gironde, qui livre son regard sur la vulnérabilité des jeunes, la précarité et les évolutions qu’il observe sur son territoire ainsi que les formes d’accompagnement à l’œuvre. En partant de la prévention spécialisée et notamment de la prévention primaire, Léni Charbonnier donne à lire les profils (jeunes en formation ; en recherche d’emploi ; ni en emploi, ni en recherche d’emploi, ni en formation) et les problématiques des jeunes vulnérables en ruralité (accès aux ressources et activités culturelles et sportives, problématiques de relations familiales, accès à l’emploi…). Il explique que les problématiques de mobilité constituent un réel frein pour les jeunes ruraux dans le département de la Gironde, notamment pour de la recherche d’emploi mais aussi en terme d’isolement social. Chiffres à l’appui (cf. document en ligne), Léni Charbonnier explique que le non recours au droit est plus marqué et que les politiques d’aller vers, que ce soit sur l’information ou par les éducateurs de rue sont essentielles dans les territoires éloignés des services.
Le webinaire se poursuit par l’intervention de Chrystèle Jamet, directrice de la Mission Locale de l’Ardèche Méridionale, qui apporte son regard et son expertise sur le territoire ardéchois et concernant les jeunes ruraux, leurs trajectoires et leurs éventuelles vulnérabilités. Chrystèle recontextualise tout d’abord les problématiques du territoire ardéchois, et celui notamment de l’Ardèche méridionale. Avec plus de 1300 jeunes accompagnés tous les ans, Chrystèle indique qu’un jeune sur deux accompagné n’a aucune certification et, que pour des questions de mobilités notamment, leur insertion professionnelle est complexe. Pour autant, les travaux que la mission locale a conduit envers les jeunes amènent à considérer que ces derniers souhaitent se (ré)engager dans une formation pour s’affirmer et pour ensuite trouver un travail, pour s’autonomiser mais aussi se faire entendre et prendre à part à la vie locale, voire publique.
Après deux heures d’échanges, le webinaire 4 a permis d’éclairer les problématiques de vulnérabilité des jeunes en ruralités. Pour rappel les interventions sont accessibles en ligne.


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